Quelque 8591 candidats
(dont 1366 des candidats libres, et des détenus de la prison centrale)
de la province de Kénitra ont pris le chemin des lycées pour passer les
examens du baccalauréat.
Toutes les mesures ont été prises pour
un bon déroulement des examens, notamment en ce qui concerne la fraude.
Apparemment les deux premières journées se sont déroulées sans incident
grave. Les élèves pour la plupart affirment que les épreuves (langue
arabe, physique, anglais, comptabilité…) étaient satisfaisantes et
abordables. «C’était bien mais les exercices de la physique étaient un
peu long pour le temps imparti». Les professeurs qu’on a pu interroger
ont également exprimé leur satisfaction.
Les examens à peine
commencés et les enseignants se plaignent déjà de stress et de tension.
La cause en est « la fraude «. En effet les candidats arrivent armés
jusqu’aux dents de toutes sortes d’antisèches qu’ils sont déterminés à
utiliser. Très souvent les deux surveillants se trouvent impuissants
face à une certaine insolence : « c’est vraiment insupportable, ils
n’ont pas encore lu l’épreuve qu’ils cherchent déjà à tricher. Le pire
c’est qu’ils le font avec un sans-gêne exaspérant, qu’on leur retire
cahiers et portables ils trouveront toujours un autre moyen», explique
une enseignante dans un lycée de la banlieue. Et sa collègue d’ajouter
: «C’est un calvaire que de surveiller. Deux surveillants par classe
est vraiment insuffisant et quand l’un des surveillants ne fait pas son
travail cela rend la tâche encore plus difficile. Car certains
enseignants ont depuis longtemps renoncé à leur rôle…»
Ce phénomène
de la gruge sévit depuis longtemps dans nos lycées. Il a pris une telle
ampleur que pomper semblerait être une seconde nature pour la plupart
des élèves, pour d’autres c’est devenu tout simplement un droit. Et du
coup les professeurs changent de statut d’enseignant pour celui de
gendarme. Un comportement inacceptable certes mais à qui incombe la
responsabilité ?
D’aucuns pensent que le laisser aller des
professeurs encourage ce comportement inadmissible dans un cadre
éducatif et que par voie de conséquence les élèves ne fournissent aucun
effort quant à la préparation de leurs examens ; sachant qu’ils peuvent
tricher (et souvent impunément). Ces derniers avancent toujours les
mêmes prétextes ; «on nous assaille de devoirs si bien qu’on n’a jamais
le temps de réviser.» Samir un élève en 2eme année du baccalauréat
(physique chimie) raconte» nous avons continué à suivre les cours de
physique jusqu’à la dernière semaine du mois de mai. Comment
voulez-vous qu’on révise en deux ou trois jours ?»
De leur côté les
enseignants se plaignent du niveau de ces élèves qui débarquent dans ce
stade d’enseignement complètement désarmés, démunis des moyens les plus
élémentaires leur permettant de suivre l’enseignement secondaire. Ils
se plaignent de la surcharge des classes- notons qu’à Kenitra les
classes sont en majorité de 50 élèves - à côté d’un temps scolaire qui
n’est pas extensible. Ce qui a des conséquences fâcheuses: d’abord un
traitement rapide et superficiel de la part des professeurs dont le
seul souci est désormais de boucler le programme ensuite pour l’élève
un ensemble de concepts qu’il n’assimile pas.
Quant aux parents, ils
semblent avoir démissionné. L’établissement scolaire serait devenu non
pas un lieu de formation et d’apprentissage mais un simple refuge pour
leur progéniture et seuls la note et surtout le résultat de fin d’année
les préoccupent.
Amina Shaqi
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